| 05 avr 2011 |
Une comparaison quelque peu sérieuse des « Vieux » s’avère beaucoup trop ambitieuse pour être entreprise dans ce cadre. Aussi, on trouvera davantage une réflexion sur le Vieux-Montréal à partir de quelques-unes des préoccupations à l’origine des États généraux du Vieux- Québec1.Le patrimoine bâti Le Vieux-Montréal actuel, comme le Vieux-Québec, est bien loin de l’état de délabrement des années 70 qualifié de « zone » par Phillis Lambert2. L’octroi d’un statut d’arrondissement historique, en 1963 pour Québec et en 1964 pour Montréal, a amorcé une série d’actions gouvernementales et privées contribuant à la conservation, à la restauration et à la mise en valeur du patrimoine bâti.
Cependant, comme en fait foi l’effondrement récent de la toiture du 22-26 Notre-Dame Ouest, bâtiment à l’abandon depuis de nombreuses années, il y a encore du boulot à faire et ce, à deux pas de l’Hôtel de ville !! D’autres bâtiments sont dans des situations précaires notamment sur McGill et Saint-Jacques ou encore exhibent des façades très négligées. Et c’est sans parler de la dilapidation appréhendée du patrimoine bancaire ! Mais si le patrimoine matériel était à l’abri, tout serait-il pour autant gagné sur le plan patrimonial ?
Le caractère historique La vision de la Table de concertation pour le Vieux-Montréal de 20173 a rejeté à juste titre la muséification du quartier pour promouvoir l’intégration mesurée du modernisme dans le cadre historique. Ce qui ne sanctionnait surement pas la prolifération actuelle dans les vitrines de « cordons lumineux » n’ayant rien en commun avec le patrimoine ou la modernité. L’harmonisation des outils réglementaires du MCCCF (Ministère de la culture, des communications et de la condition féminine) et de l’Arrondissement en matière d’affichage est en cause ici.
Et encore faudrait-il que le cadre historique ne constitue pas uniquement un décor de qualité accueillant touristes et visiteurs peu soucieux de l’esprit du lieu à la recherche d’amusements éphémères. Ce n’est pourtant pas la faute des institutions muséales présentes dans le quartier qui témoignent avec éloquence tant de l’histoire du Vieux-Montréal que de celle de Montréal et contribuent à attirer une clientèle touristique intéressée aux gens qui, de tout temps, y vivent.
À l’instar des villes dont ils font partie, les quartiers historiques sont appelés à évoluer et à voir leur rôle se modifier sous l’impulsion des changements économiques et sociaux. Les populations qui les habitent et les fréquentent deviennent alors les garants du maintien de leur caractère historique et même de leur survie.
Résidants et travailleurs, une clientèle à attirer ? En 2006, le Vieux-Québec intramuros (2 865 personnes) et l’arrondissement historique du Vieux-Montréal (3 169 personnes) étaient comparables quant à la population. Celle de l’Arrondissement ayant presque doublé en 20 ans pour atteindre 4 540 en ajoutant les faubourgs4. La croissance s’y est poursuivie depuis, notamment dans les faubourgs, qui présentent encore un important potentiel de développement résidentiel.
Les résidants du Vieux-Montréal sont financièrement à l’aise5; il est probable que plusieurs y vivent depuis peu6 et qu’ils sont extrêmement mobiles, ce qui ne favorise pas nécessairement le sentiment d’appartenance ou la vie communautaire. Par contre, si on considère aussi les quelque 35 000 travailleurs du quartier, les résidants et travailleurs des développements et projets en périphérie immédiate (le CHUM notamment) quelle formidable clientèle à attirer !
Une étude en cours mandatée par la SDCVM (Société de développement commercial du Vieux-Montréal) devrait permettre de mieux connaître l’offre commerciale actuelle, de vérifier si, comme à Québec, il y a carence de commerces de proximité et d’identifier des stratégies d’intervention. Parmi celles-ci l’application du contingentement des permis d’alcool au secteur de la Place Jacques-Cartier et à la fonction restauration doit être analysée autant dans une perspective d’équilibre du marché, de diversification des activités qu’en regard des nuisances générées.
Harmonisation des fonctions, qualité de vie et activités touristiques Au-delà d’une perspective purement mercantile, il faut s’interroger plus largement sur les conditions propices à retenir résidants et travailleurs et à attirer les visiteurs qui respectent le caractère historique et la qualité de vie du quartier. Il faut trouver les moyens de limiter les effets négatifs générés par les activités touristiques tant sur les résidants que sur la fonctionnalité même du quartier (difficultés d’accès, embouteillages, problèmes de stationnement, coûts d’entretien, etc.) afin de ne pas, à la longue, nuire à son succès.
Le maintien de la centralité et du pouvoir d’attraction de Montréal préoccupe depuis longtemps élus, gens d’affaires et chercheurs. À l’échelle du Vieux-Montréal, les solutions retenues doivent aussi être « durables » aux plans social, économique et écologique et éviter quelques pièges. Le leurre du développement touristique comme panacée et seul moteur du développement en est un. Le tourisme est une activité éphémère et un phénomène de mode s’il en est qui, pour ce qui est de la « création de richesses », ne constitue pas une base solide.
L’élaboration du Plan de mise en valeur du Vieux-Montréal et la révision du Plan d’urbanisme devraient fournir l’occasion de mieux documenter ces questions et d’avoir une discussion publique sur les rôles et complémentarités des fonctions présentes dans le Vieux-Montréal et les meilleures stratégies pour assurer leur cohabitation harmonieuse.
Le Vieux-Montréal demeure fragile et une démarche concertée s’impose pour consolider les acquis.
Les enjeux du patrimoine, notamment les cas de Montréal et de Québec, feront l’objet d’une Conférence Formes le 29 avril prochain au Marché Bonsecours. www.formes.ca/conference ______________________________________________________ Sources : 1. Les données sur le Vieux-Québec sont tirées de la revue Continuité – Les États généraux du Vieux- Québec, no 126, automne 2010.2. 25 ans d’entente – Les gestes, les acteurs, les témoins, Société de développement de Montréal, 2005, 24 pages.3. Le Vieux-Montréal 2017 – L’art de vivre montréalais dans une collection historique inscrite dans la modernité, Table de concertation du Vieux- Montréal, Octobre 2008, 13 pages4. Portrait socio-économique du Vieux-Montréal réalisé par le Bureau du Patrimoine, de la toponymie et de l’expertise de la Ville de Montréal, version mise à jour en janvier 2009 et disponible sur le site http://www.vieux.montreal.qc.ca.5. Selon une enquête de la Ville de Québec, (2005) 32% des résidants du Vieux-Québec y résident depuis moins de 4 ans. Continuité, p. 326. En 2006, le revenu moyen des ménages dans l’arrondissement historique était de 120 561 $, de 109 176 $ si on y ajoute les faubourgs par rapport à 57 736 $ pour Montréal.
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