Le projet de métamorphose du Silo no 5 a refait surface dans la foulée des nombreuses transformations annoncées pour les bassins du Havre et du Nouveau-Havre, des quais du Vieux-Port et de l’autoroute Bonaventure. Fenêtre sur le fleuve qui rouille, pèle et se couvre de multiples graffitis, le Silo no 5, constitué de trois bâtiments, est situé sur le quai de la Pointe-du-Moulin.
L’ensemble a été déclaré valeur patrimoniale par le gouvernement fédéral en octobre 1996. Pour les architectes et les ingénieurs, cet ouvrage d’art se compare à celui des grandes cathédrales. Pour les historiens, cette œuvre monumentale témoigne de la croissance et du développement des activités portuaires et du remisage des céréales au Canada, depuis l’époque de l’âge d’or du développement industriel de Montréal, fin du XIXe siècle.
L’élévateur B (1904-1906) est le bâtiment central : une forme massive constituée d’énormes tubes carrés en acier, rongés par la rouille. Plusieurs silos circulaires en béton y ont été annexés du côté ouest, d’abord 28 silos en 1913, puis 32 autres en 1924. On nomme cet assemblage, également en piteux état, l’annexe de l’élévateur B. La troisième unité c’est l’élévateur B-1 (1958), niché à l’est sur la pointe du quai. Ce bâtiment gigantesque fut érigé pour répondre à la hausse des besoins du volume d’exportation des céréales vers l’Europe durant la période de l’après-guerre.
Il ne laisse personne indifférent, même Le Corbusier en a vanté les mérites architecturaux. L’œuvre en béton armé de 132 pieds de hauteur offre à la vue du spectateur de la rue McGill un long mur aveugle grisonnant avec de légères ondulations. Quant à l’intérieur des trois bâtiments, tout est relativement en bon état. Je peux en témoigner pour le rez-de-chaussée du bâtiment central, les équipements mécaniques pour la manutention du grain, les rails, les leviers pour soulever et secouer les wagons, tout est là, prêt à reprendre du service!
Le sort du silo no 5 est entre les mains de la Société immobilière du Canada (SIC). M. Cameron Charlebois, porteur du dossier au Québec, confirme que la « paperasse juridique » est terminée. À l’automne, la SIC augmentera les mesures de sécurité afin de prévenir le squattage, le vandalisme ou l’ajout de nouvelles œuvres sur les murs, mais surtout, elle enclenchera le processus de réflexion « en concertation » avec tous les intervenants, dont les résidants du Vieux-Montréal, afin d’élaborer un plan de développement stratégique. L’objectif, un plan définitif à l’automne 2012.
Quel avenir peut-on envisager pour le Silo no 5, démolition, transformation en espace privé, ou métamorphose en espace public ? Certains citoyens souhaitent la démolition du Silo no 5, mais ce n’est pas une option pour le moment selon le représentant de la SIC. Ce dernier précise également que transformer les bâtiments du Silo no 5, étroits et longilignes, en condos ou hôtels de luxe, est difficilement imaginable, dans un contexte où les activités portuaires à l’embouchure du canal Lachine et la circulation des trains de marchandises autour de l’ensemble ne sont pas remises en question. Métamorphoser le tout en espace public, musée, parc ou observatoire, est certainement un projet plus séduisant souligne mon interlocuteur qui ajoute : « Nous voulons que le projet final soit un objet de fierté pour tous les citoyens de Montréal ».
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