| 10 déc 2011 |
En 1810, le marchand Silvain Laurent, dit Bérichon, commence la construction de cette maison en pierre de deux étages sur le terrain d’un ancien verger acquis en 1805. Il n’occupe que brièvement cette résidence, parachevée en 1811 et vendue l’année suivante à Michel-Eustache- Gaspard-Alain Chartier de Lotbinière, officier militaire et membre du Conseil législatif, un des plus importants seigneurs de la province, possédant les seigneuries de Lotbinière, Vaudreuil et Rigaud. Chartier de Lotbinière conserve ce pied-à-terre en ville jusqu’à son décès en 1822.
La propriété, essentiellement résidentielle du temps de Chartier de Lotbinière, prend ensuite un caractère commercial que révèle la construction de hauts entrepôts à l’arrière (aujourd’hui disparus). Le grand capitaliste James Ferrier acquiert la propriété en 1841 et loue celle-ci à des entreprises de courtiers en grains, à des encanteurs et à d’autres marchands en gros qui cherchent un lieu d’affaires dans le secteur boursier. Il y a encore mixité d’occupation pendant un certain temps, mais tout usage domestique de la maison disparaît par la suite au profit de bureaux. Au début des années 1860, Ferrier fait construire à gauche de la maison un étroit bâtiment muni d’une porte cochère, loué indépendamment, que l’agent maritime et marchand en gros Henry Dobell occupe à compter de 1871. Après le décès de James Ferrier en 1888, sa succession conserve la propriété jusqu’en 1909 alors qu’elle la vend à Henry Dobell. Entre la construction et le début du XXe siècle (avant 1903), certains travaux ont probablement lieu, dont l’ajout d’un crépi qui demande le repiquage de la pierre de façade ainsi que, possiblement, un nouveau portail et de nouvelles lucarnes plus grandes que celles d’origine. Après 1909, Dobell utilise toujours ses mêmes locaux ainsi que les entrepôts à l’arrière tandis qu’il loue à d’autres entreprises la maison transformée en bureaux. Divers locataires occupent la maison, notamment des courtiers et un restaurant. Le petit bâtiment de gauche et les entrepôts à l’arrière sont démolis vers 1935, et le terrain, ainsi dégagé, est aménagé en terrain de stationnement.
En 1944, l’entreprise de transport maritime Robert Reford & Company acquiert la propriété. Elle crée un nouveau siège social regroupant la vieille maison, un bâtiment donnant sur la rue de l’Hôpital et de nouvelles constructions reliant les deux. La maison elle-même est restaurée au début des années 1960. En l’an 2000, la compagnie fait enlever le crépi qui couvrait la façade, exposant le parement en pierre repiquée. L’entreprise Robert Reford & Company quitte les lieux en 2005.
L’implantation de l’immeuble en bordure de la rue avec passage latéral vers l’arrière, sa forme presque carrée, ses deux étages (incluant le rez-de-chaussée) en moellons, son toit à deux versants muni de lucarnes et son haut mur coupe-feu à pignon découvert sont autant de caractéristiques représentatives d’une maison urbaine façon Nouvelle-France.
La composition ordonnée et symétrique de la façade comprenant cinq travées, avec l’entrée au centre, peut être associée à cette même tradition, dans une composition d’esprit particulièrement classique. La pierre taillée utilisée en façade et les petites clés au-dessus des ouvertures témoignent en effet d’une manière nouvelle à Montréal au début du XIXe siècle, et ce, malgré la facture encore inégale de l’appareil de pierre et en dépit du repiquage, probablement ultérieur — pour donner prise à un crépi. Plus encore, le large portail central surmonté d’un fronton et les lucarnes de grandes dimensions relient cette composition à la tradition géorgienne nord-américaine. Comme la date de ces éléments demeure inconnue (entre l’époque de la construction et le début du XXe siècle), il est difficile d’associer l’ensemble à un courant architectural particulier — géorgien ou néo-géorgien? — dans le contexte montréalais.
Au-delà des influences ayant contribué à lui donner son apparence d’origine, cette maison apparaît comme une grande maison bourgeoise de prestige, ce qu’elle était, avant que des bureaux commerciaux ne remplacent les activités domestiques. Source : Site du Vieux-Montréal.
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