| 07 fév 2011 |
Lorsqu’on emprunte en voiture la rue Saint-Antoine vers l’est et que l’on approche de la structure du pont Jacques- Cartier, il nous est difficile aujourd’hui d’imaginer que cet édifice délabré situé à notre gauche, arborant une longue cheminée, faisait jadis partie d’un ensemble bâti dense et d’un milieu animé et dynamique.
Dans le cas qui nous intéresse aujourd’hui, l’ancienne station de pompage de la rue Craig (aujourd’hui Saint-Antoine), la phase d’isolement a débuté lors de la construction du pont Jacques-Cartier, alors que les édifices environnants durent disparaître pour faire place à un des piliers du pont. Les autres édifices disparurent ensuite au début des années soixante-dix lors de l’aménagement de l’autoroute Ville-Marie et de la réfection du tracé de la rue Craig. Mais, encore utile à l’époque, le vieil ouvrier de pierre a survécu.
La station de pompage Craig pompait les eaux des conduites d’égoût des rues Craig et Saint-Jacques, de Saint-Henri jusqu’à la rue De Lorimier. La station fut tout d’abord équipée de quatre pompes à vapeur alimentées au charbon, puis fut convertie au mazout dans les années soixante. Cette conversion n’a pas été très utile, car il semble que les pompes ne sont plus utilisées depuis la fin des années cinquante. Grâce à la canalisation du Saint-Laurent et au passage de brise-glaces en hiver, les crues du Saint-Laurent ne représentent plus un problème. La Ville a définitivement abandonné ses stations de pompage au début des années quatre-vingt-dix.
Les bouilloires de la station Craig sont disparues, mais les quatre moteurs et les quatre pompes sont toujours en place. Il semble aussi que toute la tuyauterie soit toujours en place. Très peu de modifications ont été apportées au bâtiment d’origine, ce qui en augmente la valeur historique d’autant.
Ce bâtiment mérite donc une considération plus grande que celle qu’il reçoit actuellement. Important témoin de l’histoire industrielle de Montréal, de l’histoire des nombreuses inondations qui ont jalonné la ville, de même que de l’héritage ouvrier du quartier, il est à se demander quels efforts il faudra déployer pour convaincre les Montréalais de se réapproprier ces précieux édifices avant leur disparition définitive, car, pour citer l’Association québécoise pour le patrimoine industriel, il semble que les cas de « protection par abandon » des édifices soient malheureusement trop fréquents chez nous.
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