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Qui se souvient que le château Ramezay abrita une école normale ?
Écrit par Léo Beaudoin   

15

sep

2008

Nous sommes tous familiers avec ce musée de la rue Notre-Dame appelé château Ramezay. « L'un des plus beaux joyaux que nous a laissés l'époque française1 », non seulement témoigne-t-il du régime français, il est de plus chargé d'une « richesse historique quasi inégalée2 »;

chauveau_petite2une richesse pourtant méconnue : outre les riches collections qu'il renferme, combien savent, par exemple, que notre première école de formation des maîtres y fut fondée et s'y développa durant plus de vingt ans ?...

Oublions, un moment, sa douteuse appellation de château et rappelons que l'immeuble n'est pas celui que fit construire, en 1704, Claude de Ramezay de Lagesse, gouverneur de Montréal et 10e successeur de Maisonneuve. À la construction de cet hôtel particulier de 66 pieds par 36, en face du domaine des Jésuites, Montréal comptait environ 200 maisons et une population de quelque 1 800 âmes. À la mort de la veuve de Claude (1745), ses héritiers vendent l'hôtel à la Compagnie des Indes. Cette compagnie, qui détenait du roi pleine autorité sur le commerce français outre-mer, en fit son comptoir commercial pour la Nouvelle-France mais neuf ans plus tard, l'immeuble était ravagé par un incendie. La Compagnie le fit reconstruire l'année suivante (1755) sur le même site, mais considérablement agrandi (92 pieds de façade par 48 de profondeur). Ce n'était donc plus que symboliquement l'hôtel particulier de Claude de Ramezay. On était toutefois à la veille de la Conquête et après le traité de Paris (1763), la Compagnie des Indes dut s'en départir, n'ayant plus d'existence légale en Amérique britannique du Nord.

Son premier propriétaire sous le régime anglais fut un ancien officier écossais, William Grant. Marié à Marie Deschambault, veuve de Charles Le Moyne, baron de Longueuil, Grant fit fortune dans le commerce des fourrures. En 1773, le gouvernement britannique loua puis, cinq ans plus tard, acheta le manoir pour en faire la résidence montréalaise des gouverneurs du Canada. Entre temps, durant les six mois d'occupation de Montréal (novembre 1775 à mai 1776), l'armée américaine en fit son quartier général et Benjamin Franklin s'y installa, en compagnie de l'imprimeur Fleury Mesplet3, pour mener une campagne de propagande en vue de convaincre les Canadiens de se joindre à la révolte des États-Unis. Sous le régime de l'Union, Montréal fut choisie l'une des deux capitales et le vieux château, comme on l'appelait, devint l'Hôtel du gouvernement : on y logea des fonctionnaires; à cette fin on lui ajouta, en 1848, une aile en brique de quatre étages et de 130 pieds par 30, en bordure de l'actuelle rue Saint-Claude. L'Hôtel du gouvernement devint cependant bientôt vacant, Montréal ayant perdu son statut de capitale après l'incendie du parlement par des émeutiers. Durant la construction de l'immeuble situé au 155, Notre-Dame Est, le palais de justice logea au château jusqu'en 1856.

En 1855, le gouvernement avait nommé au poste de surintendant de l'Instruction publique pour le Bas-Canada Pierre-Joseph-Olivier Chauveau, un brillant politicien de 35 ans que Robert Rumilly présente comme « un littérateur égaré dans la politique4 ». Il succédait au Dr Jean-Baptiste Meilleur et entendait relever avec autant d'efficacité que son prédécesseur les défis que posait la lutte contre l'analphabétisme. Le Dr Meilleur s'était trouvé mêlé à ce que l'on appela « la guerre des éteignoirs ». L'origine de ce conflit résidait dans la conviction, chez un grand nombre de francophones, que l'instruction était un luxe inutile. Cette mentalité tenait à des causes lointaines et récentes, idéologiques et financières. Au début du XIXe siècle, devant le très grand nombre des « chevaliers de la croix » (ceux qui ne pouvaient signer leur nom que d'une croix) et avec l'objectif d'angliciser et d'instruire ces Canadiens analphabètes et catholiques, le gouvernement britannique avait résolu de créer un système d'écoles gratuites dirigées par des instituteurs anglophones et protestants. À l'instigation du clergé, ce programme échoua lamentablement. Une quarantaine d'années plus tard, sous le gouvernement de l'Union, une loi sur l'éducation élémentaire rendit la fréquentation scolaire obligatoire, imposa une taxe foncière et astreignit chaque famille à une cotisation mensuelle par enfant en âge d'aller à l'école. Se considérant déjà suffisamment taxée et encouragée par les grands propriétaires terriens ainsi que les seigneurs, une partie de la population se rebiffa : refus d'élire les commissaires scolaires, retrait des enfants des écoles, saccages et même incendies d'écoles, etc. Appuyé par des groupes de citoyens et des membres du clergé, le Dr Meilleur réussit peu à peu à tempérer cette guerre des éteignoirs et au moment de passer la main à Chauveau, on comptait 2 795 écoles accueillant 119 737 élèves.5

Au premier rang de ses priorités, le nouveau surintendant plaça la formation des maîtres et donc la création d'écoles normales, dont deux à Montréal : les écoles McGill et Jacques-Cartier. Il décida de loger cette dernière dans l'Hôtel du gouvernement inoccupé. Au cours des visites à ses deux fils, pensionnaires au collège de Sainte-Thérèse, il avait fait la connaissance d'un jeune abbé de 26 ans, Hospice-Anthelme Verreau, préfet de discipline et l'un des professeurs de cette institution. Ils sympathisèrent et Chauveau en vint à voir en cet éducateur les qualifications du directeur de son école normale. Comme le supérieur du collège de Sainte-Thérèse refusait de s'en départir, Chauveau obtint que l'évêque Bourget fît les pressions nécessaires et bientôt, l'abbé Verreau déménageait ses pénates à l'Hôtel du gouvernement où Chauveau avait lui-même pris sa résidence. Les bureaux des fonctionnaires de la surintendance, les locaux de l'école normale et ceux d'une école modèle accueillant les enfants du voisinage pour l'apprentissage des futurs maîtres, occuperaient l'aile perpendiculaire, à l'est du château. (À suivre)

 

__________________
* Membre de la Société historique de Montréal, Léo Beaudoin est le rédacteur en chef de Montréal en tête, la revue de la Société.
  1. Roger Chartrand. Le Vieux-Montréal, une tout autre histoire, Montréal, Septentrion, 2007, p. 287. W. P. Percival, pour sa part, n'hésite pas à le qualifier «the most famous building in Montreal». (The Lure of Montreal, Toronto, The Ryerson Press, 1945, p. 52).
  2. Guy Pinard. Montréal, son histoire, son architecture, tome 1, Montréal, La Presse, 1986, p. 65.
  3. Premier imprimeur de Montréal, Fleury Mesplet a été présenté dans la parution d'avrilmai 2002 du journal Le Vieux-Montréal.
  4. Robert Rumilly. Histoire de Montréal, tome 3, Montréal, Fides, 1972, p. 170. À 24 ans, P.-J.- O. Chauveau (1820-1890) avait occupé le poste de Solliciteur général. Après la Confédération, de 1867-1872, il fut le premier premier ministre de la province de Québec, puis président du Sénat, à Ottawa.
  5. P.J.O. Chauveau. L'instruction publique au Canada, Québec, Imprimerie Augustin Côté & Cie, 1876, p. 82. Léo Beaudoin
Commentaires (1)Add Comment
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Par Jennifer Chartier, 28 octobre 2009
Je suis étudiante en enseignement et je cherche le nom du ou des architectes du Château Ramesay. Pouvez-vous m'aider?

Merci

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