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Qui se souvient de L.-F.-George Baby (1832-1906) ? 2e partie
Écrit par Léo Beaudoin   

14

Jan

2008

Riche bourgeois montréalais de la fin du 19e siècle, le Juge Baby, comme l'appelaient ses contemporains, fut d'abord reconnu comme un catholique ultramontain dévoué à l'évêque Bourget, ainsi qu'en faisait foi l'article précédent1.

Jeune avocat et pieux paroissien de Notre-Dame, il avait été nommé par les Sulpiciens secrétaire de leur Cabinet de lecture paroissial. C'est d'ailleurs en cette qualité que Jacques Viger l'avait invité à participer à l'assemblée de fondation de la Société historique de Montréal, le 11 avril 1858. C'est pourtant à un autre titre qu'il mérite davantage la reconnaissance des Montréalais. Louis-François-George Baby doit être avant tout reconnu comme un inlassable et redoutable collectionneur qui a mis sa fortune et son prestige d'homme politique et de magistrat au service de sa passion pour la conservation du patrimoine historique.

juge_babyAvocat stagiaire, il avait travaillé dans l'étude de George-Étienne Cartier et celui-ci avait remarqué son intelligence ainsi que son application au travail. Quand, pour des raisons de santé, Baby fut établi à Joliette, Cartier l'incita à représenter ce comté à la Chambre des communes sous la bannière conservatrice. Défait une première fois, il fut élu en 1872 et réélu par la suite à trois reprises. Son entrée au Parlement coïncida cependant avec le scandale du Pacifique. Le parti conservateur de Macdonald perdit le pouvoir dans la honte et couvert d'éclaboussures. Baby songea aussitôt à démissionner, mais on le persuada de n'en rien faire. Député de l'Opposition, il n'hésita pas à voter, à l'occasion, contre son parti, notamment sur la question de l'amnistie aux Métis rebelles de l'Ouest canadien et sur celle des écoles catholiques de l'Ontario et du Nouveau-Brunswick. Quand les Conservateurs reprirent le pouvoir, en 1878, Macdonald lui confia quand même un ministère, celui du Revenu intérieur. Sous sa direction, ce ministère, même sans grand prestige, fut considéré comme l'un des mieux administrés de la fonction publique fédérale. Mais l'Honorable Baby, ni orateur puissant, ni habile parlementaire, se sentait mal à l'aise en Chambre. Après deux ans, il démissionna et Macdonald lui offrit un poste de juge. En 1880, il revint habiter Montréal2 et se consacra presque entièrement à sa passion de collectionneur durant les loisirs que lui laissaient les travaux de la magistrature3. Son amour de l'histoire et du patrimoine l'incitait à chercher, recueillir, accumuler et préserver tout ce qui comportait un intérêt pour notre patrimoine historique. On n'a de lui que de rares textes, mais il acquit la réputation d'un collectionneur insatiable. Ami de David Ross McCord, dont les collections sont à l'origine du musée du même nom, il était en relation avec un cercle d'antiquaires européens. Documents anciens, volumes rares, tableaux, plans, cartes, meubles, médailles et décorations, gravures, objets et artefacts amérindiens, etc., rien ne le laissait indifférent. À tort ou à raison, sa réputation d'avide collectionneur le faisait craindre de certains. L'écrivain Robert de Roquebrune rappelle comment son père se méfiait de lui : dans les années 1880, le juge Baby accompagnait parfois ma grand' mère dans ses visites à notre manoir. C'était un petit homme à favoris et à parole bredouillante, toujours vêtu d'une redingote et d'un chapeau haut-de- forme. Il marchait en s'aidant d'une béquille qui lui remontait l'épaule gauche et furetait partout dans la maison. On entendait le bruit sec de sa béquille dans les corridors et les marches de l'escalier. Il était collectionneur et voulait toujours emporter un objet ancien ou de vieilles lettres. Mon père le surveillait avec suspicion, car il le prétendait capable de s'emparer de ce qu'on ne lui donnait pas et dont il avait envie pour sa collection. Quand le juge s'annonçait pour un petit séjour, mon père déclarait :

 

« Je vais fermer à clef le meuble aux papiers, car Baby ne pourrait résister à la tentation d'en voler quelques-uns ». En 1884, il était élu à la présidence de la Société d'Archéologie et de Numismatique de Montréal et en demeura le président actif jusqu'à sa mort. C'est à ce titre qu'il mit tout le poids de son prestige et de son influence pour soustraire le château Ramesay à la démolition et en faire le musée des collections de la Société, en 1895. Membre fondateur de la Société historique de Montréal, en 1858, il en a vraisemblablement fait partie au cours des décennies qui ont suivi, puisqu'à son retour à Montréal, en 1880, il en était élu vice-président et le demeura jusqu'à la mort de l'abbé Verreau, en 1901, avant de lui succéder.


pistolet_babyÀ son décès, en 1906, il avait accumulé plus de 20 000 documents anciens, plusieurs milliers de volumes dont certains très rares, des centaines de tableaux, meubles, plans, cartes, etc. des cabinets remplis de médailles et de décorations. Le Collège de Joliette, son alma mater, reçut par testament des médailles et des volumes; la Société de Numismatique et d'Archéologie hérita d'objets, de meubles et de livres. La plus grande partie de ses trésors fut toutefois léguée à l'Université de Montréal. À l'automne de 2006, pour célébrer le centenaire du legs de sa plus précieuse collection, la Division des archives de cette institution organisait une exposition et créait un site internet dans le but de mieux faire connaître ces précieuses pièces et leur mécène.


_____________

*Ce texte est tiré d'une conférence présentée le 5 février 2007 au Musée Pointe-à-Callière, dans le cadre des rencontres Nouveaux Regards sur notre histoire, organisées par la Société historique de Montréal.
  1. Le Vieux-Montréal, janvier 2008.
  2. En 1873, à l'âge de 41 ans, il avait épousé Marie-Adélaïde Berthelet, une cousine, petitefille de l'un des grands propriétaires immobiliers de Montréal. Ils n'eurent pas d'enfant mais adoptèrent un neveu qui devint avocat.
  3. Il démissionna de son poste de juge de la Cour d'appel en 1896. Souffrant de rhumatisme, il ne pouvait se déplacer que péniblement à l'aide d'une béquille.

 

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