Musicienne, journaliste et animatrice talentueuse, intervieweuse intuitive, profondément amoureuse de son métier et surtout bien dans sa peau. Tout lui réussit !
Pourquoi vivre dans le Vieux-Montréal?
Par désir de retrouver une ambiance européenne. Surtout pour quelqu’un qui vient de Québec. Mon frère qui habitait le Vieux-Montréal depuis des années m’en vantait la beauté et le charme. Il l’a déserté pendant quelque temps pour y revenir rapidement. Le charme du Vieux-Montréal est un pur bonheur. Je me lève le matin aux aurores pour promener mon chien et je me dis à quel point j’ai de la chance d’habiter un aussi beau quartier. Un bémol, la saleté des trottoirs. En plus de laver les rues, on devrait laver les trottoirs. Mais cela ne m’empêche pas d’adorer mon quartier.
La famille?
Un seul frère et mes parents travailleurs sociaux. Mon père décédé maintenant, ma mère en pleine forme. Un milieu chaleureux très branché sur les autres. Des liens tissés serrés. Le départ de Québec, le déracinement, la séparation de la famille pour aller à Toronto et le choc de me retrouver dans une université où l’on ne parle qu’anglais. Mais ce départ a quand même eu un effet bénéfique. Une sorte de libération de moi. L’arrivée dans un milieu où personne ne nous connaît. Un nouveau départ en quelque sorte où l’on façonne sa vie, où, de musicienne, on bifurque vers l’animation, où l’on se réinvente.
Le plus beau souvenir d’enfance?
La plus grande découverte, celle du bord de mer. La mer est devenue une amie et quand je la quitte, c’est comme quitter un amoureux. D’où cet engouement pour le Vieux, parce que le fleuve n’est pas loin. Les promenades au bord du fleuve représentent une nourriture, une inspiration, entre autres, pour mes entrevues à préparer. D’où mon attachement à mon quartier.
Piano, hautbois et journalisme. Où est le lien?
À l’émission que j’anime à RDI sur la santé, j’ai appris que certains chercheurs ont fait le lien entre l’apprentissage de la musique dans l’enfance et la fréquentation universitaire. Je suis certaine que mes années de musique, la discipline des gammes et des arpèges, la lecture de la musique, m’ont procuré la discipline nécessaire pour durer dans le métier que j’exerce.
Débuts professionnels difficiles ou progression naturelle?
Une orientation inattendue. J’en avais assez du travail en solitaire avec mon instrument de musique. Après une année de répit et de réflexion et un voyage en Europe, je pars à l’université Ryerson m’inscrire à un cours de journalisme et je me retrouve, tout de même au prix d’un travail acharné, dans une salle de nouvelles où j’ai le loisir d’apprendre mon métier tout en étudiant.
Remplacement de Bernard Derome?
Je faisais le bulletin de nouvelles le midi et à 28 ans, je me sentais bien dans ce rôle. Un jour, je dois remplacer Bernard Derome malade et je découvre avec plaisir que je dispose de plus de temps de préparation que pour le bulletin du midi. Puis l’enchaînement de circonstances fait le reste.
Vous êtes une battante?
J’aime surtout profondément mon métier et je crois que c’est ce qui me permet de le faire encore.
Tant dans Entrée des artistes que dans les Rendez-vous de Marie-Claude, comment arriver à prendre la tangente personnelle au cours d’une entrevue sans jamais sombrer dans le sensationnalisme tout en préservant le ton intimiste des confidences?
Chaque personne renferme un trésor et mon but principal est de le découvrir, de le ressentir. On a parfois tendance à idéaliser les autres. Quatorze ans d’émissions en raison de quarante par année, m’ont également aidée à me défaire de tout ce que je pouvais avoir comme préjugés. J’avoue que certaines entrevues me faisaient plus envie que d’autres. Mais la recherche me permettait de découvrir le trésor caché. D’où l’importance de l’écoute également. Saisir le moment où la personne est prête à se confier de sorte que le processus se fasse tout naturellement.
Le travail sans filet, sans notes, résultat d’une longue préparation?
Tout à fait. Par exemple, l’intro devant l’invité sans possibilité de se reprendre pour éviter de dévoiler les questions à venir afin de préserver la spontanéité représentait chaque fois un défi, un stress nécessaire qui, d’une certaine façon, entraînait la générosité de l’interviewé. Une question souvent posée « Préférezvous aimer ou être aimé? » forçait la réflexion de l’invité. À M. Pierre Péladeau, j’ai demandé « Avez-vous déjà été aimé pour ce que vous êtes? » « Moi, je ne réponds pas à cette question-là! » Et après une pause, il a répondu « Non, jamais. » Et quelque temps plus tard, il est décédé. Cela m’avait beaucoup touchée.
Vos souvenirs les plus marquants de ces entrevues?
Il y a eu des moments magiques. Chaque émission apportait quelque chose, un moment d’intimité où quelquefois, sans que je m’y attende, l’invité révélait un aspect émouvant de sa vie.
Comment surmonter un deuil : le fait de quitter après 14 ans de fréquentation assidue des entrevues de fond?
En s’y préparant, parce que j’avais été prévenue un an d’avance. Or, mon père de qui j’étais très proche était extrêmement malade et cette préoccupation dépassait largement celle de mon avenir. Une semaine avant le décès de mon père j’ai appris ma nouvelle affectation. À ce moment, nous étions en pleine période de compressions et je ne m’attendais vraiment pas à ce qu’on m’offre une nouvelle émission sur la santé, un sujet qui me passionne. Je n’ai jamais fait la dernière émission de cette série parce qu’on m’avait préparé une émission d’adieu surprise qui m’a beaucoup touchée et qui s’est révélée être la dernière au lieu de l’avant-dernière où défilaient les photos de tous ceux que j’avais interviewés. Comment surmonter un deuil? C’est justement en le faisant. Il n’y a pas d’autre réponse. Quand on essaie d’y échapper, il nous revient en pleine figure. Lâcher prise dans la vie ne s’apprend pas. Que ce soit pour mon Papa, pour une émission, pour une maison ou pour un homme qu’on a aimé, il faut pleurer, recommencer à rire, réapprendre à vivre sans l’objet de notre amour.
Formation de la relève. Que vous a apporté le contact des jeunes?
Pendant les quatre années où j’ai formé des jeunes, j’ai découvert le plaisir de contribuer à l’épanouissement de jeunes talents. Dans la salle de rédaction, il y a des jeunes qui sortent de l’université qui sont très compétents et très attachants. J’aime voir cette jeunesse qui nous botte un peu le derrière. Mais parfois, il y a des moments où je m’inquiète quand j’entends tristement des jeunes faire des fautes de français en ondes. La piètre consolation est de constater que cela se passe également dans d’autres pays. Il n’en reste pas moins que c’est une situation inquiétante qui me désole.
RDI Santé : le lien entre le public et la médecine?
Pour la première fois depuis longtemps, et c’est probablement la fille de travailleurs sociaux qui parle, je me sens profondément utile. Il s’agit d’un service public. J’ai reçu récemment un courriel d’un ancien de Radio-Canada me disant que ce que je fais en ce moment est tellement représentatif du mandat original de Radio-Canada, c’est-à-dire un service public. Et c’est ainsi que je le ressens. Quand on sait que 30% des Québécois n’ont pas de médecin de famille, on constate qu’il faut répondre aux questions des gens et on le fait en établissant un contact chaleureux avec le public dans le but de combler des besoins bien réels en abordant des sujets pointus de façon vivante et dynamique. La santé m’a toujours passionnée. Tout comme c’était le cas pour mon père, dès que j’ouvre une revue, un journal, je cherche la rubrique sur la santé et cela depuis fort longtemps.
Un grand souci de perfection manifeste, mais toujours ce sourire complice au coin de l’oeil. Reflet de votre passion pour votre métier?
Oui, mais c’est la passion des gens, de tous ceux qui m’entourent, les collègues de la salle de rédaction, les médecins. C’est une belle période de ma vie, une période heureuse, riche de découvertes.
Qu’est-ce qui vous fait rire?
Plein de choses. Mes animaux, un gros matou de 14 ans et une petite chienne. Une vraie joie. Des choses simples, une bonne blague. Ce qui me fait sourire, des petits moments de bonheur à savourer dans l’instant présent.
Êtes-vous épicurienne?
Oh oui. J’aime le vin, je mange de tout. Je fais également beaucoup d’exercice, mais j’aime surtout profiter des bonnes choses de la vie.
Enfin, d’où vient cet amour de l’Italie?
Ma mère avait deux frères, pères du Saint-Sacrement, qui ont séjourné longuement à Rome. Toute petite, je recevais des cartes postales de Rome. Ma grandmère allait voir ses fils et me rapportait des poupées italiennes. Un jour, j’ai voulu comprendre cette culture et j’ai appris l’italien. Comme d’autres ont un chalet, moi j’ai l’Italie. D’année en année, j’essaie de me sevrer, d’aller ailleurs, mais sans succès. La beauté, la cuisine, les gens, les saveurs, s’attabler avec des amis et partager des instants de pur bonheur. Que demander de plus?
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