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Monique Charbonneau parle de son art et de sa vie dans le Vieux-Montréal !
Entretiens
Écrit par Manon Bourgeois   

19

jui

2010

Rare privilège, j’ai passé un après-midi avec Monique Charbonneau, artiste peintre et pilier féminin de la gravure au Canada. Je côtoie son imaginaire depuis fort longtemps. Deux de ses estampes, évoquant l’isolement et la solitude, ornent mes murs depuis le début des années 70. Ses œuvres attirent toujours.

Après une rétrospective de son œuvre à la Bibliothèque nationale du Québec (BNQ) en 2009, on peut admirer son travail cet été dans trois lieux d’exposition : l’Académie Royale des arts du Canada à la Villa Bagatelle à Ste-Foy, le Musée des beaux-arts du Québec à Québec, et la BAnQ à Montréal, dans le cadre de « Ces artistes qui impriment » à l’affiche jusqu’au 3 octobre 2010 ( voir article précédent).

 

Pour notre premier rendez-vous, elle m’invite à son atelier bien caché dans l’un des édifices résidentiels du Vieux-Montréal. C’est un magnifique après-midi de printemps. Ses tableaux et ses estampes sont mis en valeur par la lumière entrant à plein flots par les immenses fenêtres du loft qui lui sert de refuge. C’est là qu’elle trouve désormais son inspiration. Elle se dit timide, mais c’est plutôt moi qui suis intimidée par cette grande dame chaleureuse de 82 ans, respirant la joie de vivre et la sérénité.

 

La conversation s’engage. Je m’étais imaginé une femme austère et triste. C’est normal, me répond-elle, le médium de la gravure incite à une production plus sombre, des tons de noir et de gris par exemple. Puis, au détour d’une phrase, elle ajoute : le processus de création est probablement un exutoire pour les pensées moroses. Le résumé de sa formation se fait sans complaisance. Elle s’est inscrite à l’École des beaux-arts de Montréal au début des années 1950 pour une seule raison : apprendre l’art de la peinture sous la tutelle d’Alfred Pellan. Diplômée, elle effectue un séjour de quelques années à Paris où elle suit des cours à l’École du Louvre.

 

De retour au Québec en 1960, elle a le coup de foudre pour le médium à la mode du temps, la gravure. C’est à cette époque qu’elle rencontre Albert Dumouchel, père de la gravure au Québec, qui l’a initiée à son art, et dont elle fut la compagne par la suite. Après la mort de Dumouchel en 1971, elle a poursuivi son apprentissage de l’estampe lors d’un stage au Japon en 1973, auprès du grand maître japonais Hiroshi Yoshida. C’est un moment charnière dans sa pratique. Sous l’influence de l’art japonais, le rapport au vide et le traitement de l’espace se modifient dans son œuvre.

 

Elle maîtrise plusieurs médiums en arts plastiques. Chacun comporte des exigences différentes précise-t-elle. Créer une estampe est un long processus, plus réfléchi : il faut dessiner, graver dans le bois, encrer, imprimer. Peindre et dessiner, c’est plus direct, plus immédiat, l’émotion d’un instant presque. Avec le déménagement de son atelier dans le Vieux-Montréal en 1995, elle avoue qu’un virage est amorcé. Elle n’a plus de presse pour graver à résidence, sauf une toute petite qui pourrait exceptionnellement reprendre du service. Elle s’est donc tournée tout naturellement vers le dessin et la peinture à l’acrylique pour s’exprimer. Résultat : ses œuvres récentes sont très colorées. Elle a délaissé la figure humaine et les tons de gris pour se tourner vers les natures mortes où le jaune éclate de partout. Le soleil de son atelier qui se reflète dans ses toiles peut-être…

 

L’après-midi s’allonge. Nous prenons le thé. Parler de son art est un sujet intarissable, mais la conversation dévie tout doucement. Elle a encore de nombreux pays à découvrir m’avoue-t-elle, dont la Pologne à l’automne probablement. En attendant, elle marche tous les jours dans notre quartier. Je vous souhaite d’avoir le privilège de la croiser!

 

 

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