Dans les années 1960, l’immeuble Pierre-Du Calvet et la Maison Louis-Viger sont acquis par la famille Trottier qui y ouvre un restaurant, Les Filles du Roy. À compter de 1998, les trois propriétés (la maison Du Calvet a été acquise en 1984) et les dépendances, ajoutées graduellement dans la cour depuis la fin du XIXe siècle, font partie de l’établissement hôtelier Pierre-Du Calvet.
Maison Du Calvet, 401 rue Saint-Paul Est
Le marchand huguenot Pierre Du Calvet fait construire cette maison en 1770-1771, après avoir acquis la propriété de sa future belle-famille. La construction remplace une maison en pierre d’un étage en mauvais état. En 1771, l’année de son mariage, il établit sa résidence dans la nouvelle maison. Il peut aussi s’en servir pour son commerce, en complément de l’immeuble voisin qu’il utilise déjà.
De 1780 à 1783, Du Calvet est emprisonné en raison de ses démêlés avec la justice suite à l’occupation américaine de 1775-1776. Après son décès en mer en 1786, sa maison est saisie puis vendue en 1789. Neuf ans plus tard, l’aubergiste Frederick Gonnerman acquiert la maison qu’il occupe jusqu’aux années 1820, moment où il fait faillite. Nouvellement propriétaire de la maison, l’avocat Dominique Mondelet engage le menuisier John Thompson pour effectuer des réparations au printemps 1826. Il y réside vraisemblablement jusqu’à sa nomination comme juge à Trois-Rivières en 1843.
À compter des années 1840, l'immeuble possède une vocation commerciale. Utilisé comme auberge jusqu'en 1880, le bâtiment abrite une épicerie après son acquisition par James Skelly en 1881. Vers 1890, une adjonction en bois d’un étage et presque entièrement vitrée en façade est construite dans l'espace vacant derrière la maison, face à la rue de Bonsecours. Elle comprend deux boutiques. Pendant plusieurs années, des barbiers occupent les locaux de cette adjonction; on y trouve aussi une buanderie au début du XXe siècle. Le rez-de-chaussée de l'immeuble principal, quant à lui, sert en alternance d'épicerie et de petit restaurant pendant des décennies. La famille Skelly en conserve la propriété jusqu'en 1924, suivie de l’avocat devenu juge Bernard Bissonnette entre 1927 et 1961.
La compagnie Joseph A. Ogilvy Limited acquiert le bâtiment en 1963, le restaure entre 1964 et 1966 et y ouvre un lieu d’exposition dont le Musée des beaux-arts de Montréal fait ensuite usage pendant quelques années.
Immeuble Pierre-Du Calvet, 411, rue Saint-Paul Est
Le marchand huguenot Pierre Du Calvet fait construire cet immeuble en 1768, sur un emplacement appartenant à sa future belle-famille. Dans les documents d’époque, on désigne l’immeuble en tant que « voûte », ce qu’aujourd’hui l’on suppose généralement comme étant un synonyme d’entrepôt. Toutefois, l’immeuble possède probablement dès l’origine ses trois étages et de nombreuses fenêtres, ce qui peut au moins laisser supposer un usage commercial plus complexe. Comme il en assume la construction, Du Calvet peut jouir de l’immeuble sans payer de loyer pendant quatre ans. Au printemps 1770, il achète la propriété ainsi qu’une vieille maison au coin des rues de Bonsecours et Saint-Paul, qu’il remplace par une nouvelle maison. En 1781, alors que Du Calvet est emprisonné, un article promotionnel décrit le bâtiment sans bien le distinguer de la maison voisine et en mentionnant de nombreuses chambres. L’immeuble serait transformé en auberge à cette époque, tout en demeurant la propriété de Du Calvet. L'aubergiste Frederick Gonnerman acquiert l’immeuble en 1789 et l’occupe pendant plus de trente ans. Gonnerman ayant fait faillite au début des années 1820, l'immeuble est à nouveau saisi par le shérif. En mars 1832, Samuel Davies se porte acquéreur du bâtiment alors toujours occupé par un tavernier. La même année, il entreprend d'importantes rénovations. En plus de travaux intérieurs, il modifie l'apparence du bâtiment en faisant reconstruire sa façade en pierre de taille et en l'agrémentant de deux grandes fenêtres. L'immeuble prend l’apparence d’une maison-magasin et sert désormais à des fins commerciales et résidentielles. En 1911, Philomène Giroux, épouse de Thomas Simard, un marchand de provisions, acquiert le bâtiment qu'elle possède jusqu'à son décès en 1935. Sa succession fait couvrir l'immeuble d'un toit plat vers 1945. Du début du XXe siècle et jusqu'aux années 1960, le rez-de-chaussée du bâtiment est occupé par des commerces et les étages logent des petits travailleurs.
Maison Louis-Viger, 415, rue Bonsecours
Louis Viger fait construire cette maison vers 1765. Viger achète en 1764 cet emplacement situé sur la rue Bonsecours sur lequel est construit un hangar en bois. Dès 1770, une nouvelle maison en pierre est bâtie sur le lot. Quoique le nombre d'étages de ce bâtiment demeure inconnu, il est fort probable qu'il s'agisse de la même maison, en pierre, de deux étages, qui se trouve sur l'emplacement en 1808, alors que Viger et son épouse, Marie-Agnès Papineau, lèguent à leur fils Louis-Michel la résidence familiale.
Tout indique que Louis-Michel Viger apporte des modifications majeures à la maison en la rehaussant d'un étage et en rénovant la façade en pierre de taille, plutôt que d'entreprendre la construction d'un nouvel immeuble. Ainsi, lorsqu'il loue la maison en 1841 au capitaine Hubert Taylor, le bâtiment est dit de trois étages. Bien que la première mention d'une façade en pierre de taille date de 1843, celle-ci est sans doute réalisée à la même époque que les travaux de rehaussement, tout comme l'adjonction en brique à l'arrière.
La succession Viger possède l'emplacement jusqu'en 1900. Durant cette période, le bâtiment est loué à des aubergistes et des tenanciers de pension. L'immeuble change ensuite plusieurs fois de propriétaires et sert successivement de salle à manger et de résidence ainsi que d'atelier de sculpture. Par la suite l'entreprise Houle et frères, oeuvrant dans le commerce des produits laitiers et de la boucherie, devient propriétaire et apporte des modifications au bâtiment et à ses dépendances. Entre 1922 et 1940, un agrandissement de trois étages remplace l'adjonction en brique. Vers 1945, le bâtiment est lié à un entrepôt de deux étages à l'arrière de manière à former un ensemble couvrant tout le lot.
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