Les vieilles pierres du Château Ramezay recèlent bien des histoires. L’une d’entre elles, moins connue, se rattache à l’organisation même qui se cache derrière ces murs. Car si cet édifice fait encore partie de notre paysage et qu’il y abrite un musée, c’est grâce à un groupe de citoyens passionnés et engagés, rassemblés au sein de la Société d’archéologie et de numismatique de Montréal, qui célèbre cette année son 150e anniversaire.
Fondée en 1862, la Société a comme raison d’être de conserver, d’étudier et de mettre en valeur notre patrimoine. Les actions de ses membres vont donc dans ce sens et sont typiques de celles de ces sociétés dites « savantes » : publications, conférences et interventions dans la sphère publique (recommandations pour la mise en valeur des fortifications du Champ-de-Mars, la sauvegarde de la chapelle Bonsecours, l’appellation Place Royale au square de la Douane). Ils voient à l’installation de plaques sur les bâtiments et sites historiques, les premières à Montréal! Ils organisent aussi des expositions, comme celle du 250e anniversaire de Montréal en 1892. En parallèle, ils for- ment une collection. De fil en aiguille, ils en viennent inévitablement à souhaiter doter la ville d’un musée d’histoire. Ayant reconnu la grande valeur patrimoniale du Château Ramezay, et devant la menace de le voir disparaître sous le pic des démolisseurs, ils forment un premier comité de sauvegarde le 17 mars 1891. Ce comité aura pour mission de « convoquer une assemblée publique de citoyens afin de prendre des mesures visant à obtenir le Château de Ramezay pour la Ville et à recueillir les fonds nécessaires en vue d’y établir un musée historique et une bibliothèque » (traduction libre) (calling of a public meeting of citizens to take steps to secure the Château de Ramezay for the city and to collect the necessary funds to maintain therein a historical museum and library) (texte original). Devant l’indifférence des autorités et l’annonce par le Gouvernement du Québec, alors propriétaire de l’immeuble, de sa vente aux enchères le 24 octobre 1893, la Société décide finalement d’ameuter la population et de faire circuler une pétition Directeur général et conservateur du Château et de la Société demandant à la Ville d’acheter le Château dans le but d’en faire une bibliothèque publique et un musée. L’assemblée des citoyens qui se tient le 17 octobre, suite à la requête de la Société, entraîne la convocation d’une réunion spéciale du Conseil de Ville le 23, veille de la vente. Une pétition signée par plus de 2 000 personnes y est déposée.
La proposition de la Société ayant été entérinée par la Ville, celle-ci achète le Château comme convenu. Les discussions entre la Ville et la Société mèneront ensuite cette dernière à ouvrir sous le toit du Château le 1er mai 1895 un musée d’histoire, une galerie nationale de portraits et une bibliothèque publique. En 1929, la Société acquiert l’édifice en cédant 10 000 de ses livres à la bibliothèque municipale. Encore aujourd’hui, le Château, ses collections et le Musée, le plus ancien du genre au Québec, sont entre les mains de cette Société. En cette année 2012, le Musée tient donc à souligner et faire reconnaître ce bel exemple d’implication citoyenne dans la sauvegarde et la mise en valeur du patrimoine montréalais.
Références :
W. R. McLachlan, «How the Château was saved», Canadian Antiquarian and Numismatic Journal, série 2, vol. 3, nos 3-4, mai 1894, p. 111.
Brochure du 125e de la SANM, 1987.
Exposition du centenaire du Musée, « Signe des temps », 1995.
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