| 11 fév 2012 |
Le titre de la nouvelle exposition du Musée des beaux-arts de Montréal Lyonel Feininger, de Manhattan au Bauhaus attire tout de suite notre attention.Nous avons plutôt l’habitude des artistes venus du Bauhaus, le prestigieux institut allemand qui entre 1919 et 1933 a révolutionné l’architecture et le design, pour s’installer ensuite en Amérique. Le trajet de Lyonel Feininger a été exactement l’inverse. Né en 1871 aux États- Unis d’une famille de musiciens d’origine allemande, il a été envoyé par ses parents à l’âge de 16 ans en Allemagne pour y étudier la musique, dans laquelle il excellait. Mais à peine arrivé c’est vers les arts graphiques qu’il s’est tourné. D’abord caricaturiste de talent et illustrateur, il a rapidement évolué dans la patrie de Goethe vers la peinture et la gravure et a été sollicité dès 1919 par Walter Gropius, le fondateur du Bauhaus lui-même, pour devenir Meister en gravure, puis en dessin dans l’institut nouvellement fondé. Il y enseignera jusqu’à sa fermeture.
Le rêve d’unir la couleur, l’espace, la musique À la fin des années 1900 Lyonel Feininger avait découvert à Paris le cubisme qui exercera sur lui une influence prépondérante. De retour en Allemagne il rejoint l’expressionisme et fait partie du groupe Blaue Reiter (le cavalier bleu). Musicien accompli ayant Bach pour modèle, il aspire aussi à marier dans ses oeuvres la musique, l’espace, les couleurs, dans une entreprise quasi mystique. Il pratique également la photographie. Tout au long d’une carrière très féconde de 50 années dans sa nouvelle patrie il est l’ami de Paul Klee, de Vassili Kandinsky, autres figures du Bauhaus, mais aussi du musicien Chostakowitch ou du photographe Maholy-Nagy. En 1937, il doit, le coeur lourd, quitter l’Allemagne où les nazis ont fermé le Bauhaus et où ses oeuvres ont été déclarées « art dégénéré ». Son épouse juive est persécutée. Il retourne alors à New York, où il se réhabituera peu à peu, non sans difficulté, à son pays d’origine et gagnera de nouveau la notoriété avec en particulier une rétrospective organisée en 1944 au Musée d’art moderne de New York sous l’impulsion d’Alfred Barr.
Curieusement méconnu Aujourd’hui, en dépit de ses multiples talents et de sa production abondante, Lyonel Feininger demeure méconnu en Amérique du Nord. L’exposition du MBA, la première rétrospective complète de son oeuvre depuis sa mort en 1956, est une installation très réussie qui rend hommage à la multidisciplinarité de l’artiste et devrait nous permettre de le redécouvrir. Sa carrière nous est présentée en étapes.
Aux premières années, dominées par l’illustration et la bande dessinée dont il est un des précurseurs – avec de très réussis comics qu’il envoyait au Chicago Sunday Tribune - succède la période expressionniste intimement liée à l’avantgarde allemande. La période Bauhaus est largement documentée (ne pas manquer le petit film qui résume avec brio l’histoire du mouvement). À signaler la remarquable salle intitulée « Sur le bord du fleuve – Berlin, Deep, Manhattan (1934- 1956) » qui est aussi un salon de musique; elle nous fait partager avec bonheur son expérience visuelle d’alors, très influencée par les bords de l’eau, mais aussi la musique qu’il a aimée et composée, pour une « expérience cinesthésique » exprimant l‘harmonie de l’univers à laquelle il croyait. Et pour finir, nous découvrons les photographies de son fils aîné, Andreas, photographe moderniste internationalement connu.
L’exposition est organisée par le Whitney Museum de New York en collaboration avec le MBAM, qui a ajouté de nombreuses oeuvres, en particulier plus de 100 photographies. C’est une exposition à voir absolument!
Musée des beaux-arts de Montréal – 1380, rue Sherbrooke Ouest – www.mbam.qc.ca Jusqu’au 13 mai 2012.
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